RDC : Garamba sort de la liste rouge de l’UNESCO, mais les éléphants restent sous pression

Par Alvin BUZAKI
Sud – Kivu, RDC
Une bonne nouvelle fragile
À l’occasion de la Journée internationale des éléphants, la RDC tourne une nouvelle page.
En juillet dernier, l’UNESCO a retiré le Parc national de la Garamba de sa Liste du patrimoine mondial en péril.
Pour Ladislas Witanene, acteur de la société civile environnementale au Sud-Kivu, c’est « un tournant ».
« Le retrait de Garamba de cette liste signifie que les éléphants sont aujourd’hui nettement mieux protégés. Mais cela ne veut pas dire que le travail est terminé », prévient-il.
De 22 000 à 1 200 éléphants : l’héritage du braconnage
L’histoire de Garamba est celle d’un effondrement.
Selon Ladislas Witanene, le parc abritait plus de 22 000 éléphants dans les années 1970. Aujourd’hui, il en resterait environ 1 200.
Des décennies de braconnage, d’insécurité et de conflits transfrontaliers ont décimé les troupeaux. L’ivoire, très recherché sur les marchés clandestins, continue d’attirer les réseaux criminels.
Pourtant, l’éléphant est un « ingénieur de l’écosystème ». En se déplaçant, il disperse des graines et façonne la savane. Sa disparition aurait des effets en cascade sur toute la biodiversité du parc.
La cogestion ICCN – African Parks porte ses fruits
Si la tendance s’est inversée, c’est grâce au renforcement de la protection sur le terrain.
Depuis la mise en place de la cogestion entre l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature, ICCN, et African Parks, les patrouilles d’écogardes ont repris. La surveillance aérienne et les contrôles aux points d’entrée ont été intensifiés.
Résultat : la mortalité liée au braconnage a fortement baissé et la population d’éléphants semble se stabiliser, selon les acteurs de conservation.
3 menaces qui restent
Le retrait de la liste rouge ne règle pas tout. Trois défis demeurent :
- Le braconnage transfrontalier : La proximité du Soudan du Sud et de la RCA rend le parc poreux. Des groupes armés et des braconniers circulent encore.
- Le conflit homme-éléphant : Paradoxalement, plus les éléphants sont protégés, plus ils sortent du parc. À la recherche de nourriture, ils saccagent les champs des communautés riveraines. Cela crée des tensions et parfois des représailles.
- Le financement : L’inscription « en péril » mobilisait des fonds d’urgence internationaux. Désormais, le risque est de voir l’attention et les budgets baisser.
« Les éléphants restent vulnérables face à des pressions internes et transfrontalières », alerte Ladislas Witanene.
« La protection de la faune doit être pensée avec les enjeux sécuritaires de la région. »
Faire de la conservation une opportunité pour les communautés
Pour éviter que le parc ne redevienne un péril, l’acteur de la société civile plaide pour une conservation centrée sur les humains.
Sa proposition : que les communautés tirent des bénéfices concrets de la présence du parc.
Cela passe par des emplois locaux dans la conservation, la logistique et l’administration. Mais aussi par des investissements dans des écoles, des centres de santé, l’accès à l’eau et l’énergie solaire.
Il insiste aussi sur l’agroécologie. « Fournir des semences adaptées au climat et former les agriculteurs permet d’augmenter les rendements sans empiéter sur l’habitat des éléphants », explique-t-il. Impliquer les femmes, les jeunes et les peuples autochtones est aussi une priorité.
Maintenir la mobilisation après la victoire
Pour Ladislas Witanene, le retrait de Garamba de la liste en péril est une reconnaissance. Mais c’est surtout le début d’une autre phase : celle de la consolidation.
« Ensemble, protégeons les éléphants du Parc national de la Garamba », lance-t-il.
La véritable réussite, dit-il, se mesurera sur la durée. À la capacité de sécuriser les habitats, de maintenir les effectifs, de réduire le braconnage, et de faire de la conservation une chance pour ceux qui vivent avec les éléphants.



